Porcelaine, Dragonville tome 1

Dans la petite ville où habite Sylvie, tout le monde se souvient de son grand-père, fier et droit dans son uniforme de capitaine de navire. Il a sillonné les océans vogué sur des lacs imposants. De la Chine, il a rapporté la porcelaine bleue et blanche précieuse et jamais fêlée, qui marquera l’enfance de sa petite fille, et du grand lac Ness il a gardé le souvenir d’une étrange bête des eaux qui lui a porté chance.

Les scènes peintes sur les assiettes chinoises de son grand-père ne sont pas les seuls souvenirs que Sylvie garde de son aïeul. Lorsqu’elle rentre d’un long séjour en Chine pour se réinstaller dans sa ville natale, elle est aussi frappée par l’odeur familière de ses cols de chemise amidonnés. L’odeur d’empois est imprégnée dans les murs du local qu’elle a déniché pour ouvrir un petit magasin d’importations asiatiques. Ancienne blanchisserie chinoise, cet endroit cache sous le plâtre des ses murs et dans la brique de sa devanture des trésors improbables : des pans entiers recouverts d’idéogrammes et surtout, une fresque représentant un immense dragon, reptile majestueux et sensuel.

Porcelaine raconte le parcours fabuleux d’exilés solitaires, de filles de capitaines et de créatures marines. Il s’agit d’une intrigante saga qui mène ses personnages sur de surprenantes pistes. Mais c’est aussi un roman qu’on ouvre délicatement comme un biscuit de fortune, pour y trouver une voie, pour se donner le courage de réaliser son destin.

Éditions Marchand de feuilles, Montréal, 2011, 313 p.

Revue de presse

Michèle Plomer s’est fait remarquer il y a deux ans avec HKPQ, roman initiatique, drôle et touchant se déroulant à Hong-Kong, où une jeune femme retrouve le goût de vivre aux côtés d’un poisson presque humain. Avec Porcelaine, premier tome d’une trilogie intitulée Dragonville, 100 ans et deux continents séparent les deux héros, dont les histoires parallèles se répondent et se rejoignent. Et cette fois, c’est une femme dragon qui incarne le merveilleux et la sensualité dans ce roman où se mêlent aventure et quête de soi.

Enfant, Michèle Plomer rêvait de Chine. Venir manger dans un resto du Quartier chinois avec sa famille représentait le comble de l’exotisme, et les aventures de Tintin dans Le Lotus bleu – son livre fétiche- nourrissaient son imaginaire comme rien d’autre.

Adulte, c’est en Chine que Michèle Plomer a décidé de partir travailler lorsqu’elle a eu besoin de changer d’air. Et c’est à Hong-Kong qu’elle a pu se retrouver, fuyant l’horizon des Cantons-de-l’Est pour se «coller»aux humains. «J’ai eu un véritable coup de foudre pour Hong-Kong. Là-bas, j’étais ignorée, anonyme», dit cette blonde toute menue, qu’on imagine pourtant très visible en Asie. «Oui, j’étais visible parce que différente, mais personne n’avait d’attente, rien n’était imposé.»

Depuis sept ans, la romancière partage ainsi sa vie entre le sud de la Chine, où elle enseigne, et Magog, son lieu de résidence au Québec. Son plus récent roman met en scène ces deux univers, qui revêtent pour elle la même importance. Car après HKPQ, paru en 2007, qui se déroulait exclusivement en Chine, la trilogie de Dragonville, dont le premier tome, Porcelaine, vient de paraître, fait le pont entre les deux continents. Parce qu’on ne peut pas passer sa vie à fuir.

Michèle Plomer opine: il lui fallait exorciser la Chine. «Dans HKPQ, la narratrice était en exil. Dans Porcelaine, le personnage de Sylvie doit affronter son retour au Québec, renouer avec son passé. Parce que l’exil est un état temporaire, dit-elle d’ailleurs dans le livre.»

Porcelaine raconte en effet le retour d’une femme qui a vécu quelques années en Chine et qui décide d’ouvrir une boutique d’importation chinoise dans son village natal des Cantons-de-l’Est. Dans le local qu’elle loue et rénove, elle découvre des idéogrammes chinois inscrits sur les murs: étrange hasard, le lieu a déjà été une buanderie tenue par un Chinois. Mais Porcelaine, c’est aussi l’histoire de Li, jeune homme vivant en 1910 à Hong Kong, poursuivi bien malgré lui par les triades et amoureux de Lung, incarnation terrestre d’un dragon.

«Mon défi dans HKPQ était de décrire la Hong-Kong contemporaine. J’ai eu ensuite envie de plonger dans le mythe, la Chine clichée que j’aime, avec de beaux hommes aux longs cheveux nattés, de l’opium…» L’univers créé par Hergé n’est jamais loin pour l’auteure de 45 ans qui est venue tard à l’écriture. «Mon premier roman (Le jardin sablier, paru en 2007), ça m’a pris huit ans à l’écrire! Ça fait long pour une plaquette de moins de 100 pages… J’avais le désir de vivre une vie de contemplation et d’aventurière. Je voulais être Tintin, sans être reporter.»

C’est le merveilleux du Lotus bleu qui l’avait charmée, et c’est ce qu’elle a voulu recréer dans Porcelaine: sa «dragonne» est ainsi une pure invention. «On sait qu’en Chine, les dragons sont partout et qu’ils sont tout-puissants. Qu’il y en ait un qui choisisse de s’incarner en femme pour connaître les plaisirs de la chair, pourquoi pas? C’était mon point de départ, et j’ai voulu commencer le livre comme une légende, un conte.»

Elle a ensuite écrit Porcelaine comme les lecteurs le lisent: en passant de l’histoire de Sylvie à celle de Li, plutôt que de les créer une après l’autre pour ensuite en faire un découpage. «La plus grande difficulté quand on écrit, c’est de passer par-dessus ses doutes. Chaque fois, c’était dur de laisser une histoire pour une autre, j’avais peur de ne plus être capable de continuer sur ma lancée. Je suis allée sans plan précis, mais il y a un rythme, un souffle, et j’espère que les lecteurs seront à l’aise dans ce déboulement. Ça permet aussi aux histoires de se répondre, ça sonne plus vrai je crois.»

Engagement

Michèle Plomer n’était pas partie avec l’idée de trois tomes et Dragonville devait tenir, à l’origine, en un seul livre. Mais rendue aux trois quarts du travail, elle ne savait plus comment contenir toute cette histoire dans sa tête. «J’ai parlé à Mélanie Vincelette (son éditrice chez Marchand de feuilles), et elle m’a dit: «Michèle, tu dois faire plusieurs tomes».» Elles se sont entendues sur un chiffre, trois, et voilà l’auteure lancée dans la deuxième partie de sa saga, où on suivra toujours Sylvie, et dans laquelle Li émigrera au Canada. «Pour moi, c’est comme si je m’assoyais pour écrire la page 314, simplement. Ça va de soi.»

C’est aussi tout un engagement, rigole-t-elle en montrant la bague qui l’unit non pas à un amoureux, mais à son éditrice… Elle s’admet finalement auteure, maintenant que l’essentiel de son temps est consacré à l’écriture: en 2010, elle n’a pas mis les pieds en Chine pour la première fois depuis six ans, mais se promet d’y retourner l’automne prochain.

Auparavant, elle profitera du prix France-Québec reçu l’automne dernier pour HKPQ, qui lui permettra de passer un mois en France. «Je vais même faire une séance de signatures au Salon du livre de Paris!» dit-elle, consciente de sa chance. Et comme la culture chinoise le lui a appris, elle fera tout en son pouvoir pour la faire durer.

«Je connais assez la Chine pour apprécier ses bons côtés, mais aussi pour être capable d’en prendre et d’en laisser. Et j’aime trop ma culture pour l’abandonner. Un écrivain a besoin de communiquer, c’est pourquoi je n’ai jamais voulu m’installer en Chine à temps plein. Je serais trop isolée. J’ai besoin de débattre, d’échanger, et je serais sectionnée d’une partie de moi si je ne pouvais pas le faire.»

Par Josée Lapointe, LA PRESSE

Avec Porcelaine, Michèle Plomer entame sa trilogie Dragonville, une passionnante odyssée à la fois lyrique et fantastique. L’imaginaire chinois accoste sur les berges du Memphrémagog.

Pour faire faux bond à son habitude, Michèle Plomer ne s’est pas rendue enseigner en Chine au cours de la dernière année. Bien enracinée dans ses Cantons-de-l’Est, elle s’est consacrée à l’écriture du successeur d’HKPQ. Publiée en 2009, cette histoire contemporaine se déroulant dans les rues de Hong Kong fut un succès critique et public, couronné de plusieurs distinctions, dont le Prix littéraire France-Québec 2010. « Tout le mois de mars, je serai en tournée en France; je m’en vais rencontrer des lecteurs, s’enthousiasme Plomer. HKPQ me donne une possibilité de dialogue à l’extérieur du Québec, et comme le hasard fait bien les choses, j’aurai un nouveau roman dans mes valises. »

Au départ, il ne devait y avoir que Dragonville. « J’étais partie pour faire un seul livre, mais après sept ou huit mois d’écriture, c’était devenu trop gros dans ma tête; trop d’intrigues à développer. » La trilogie s’est donc imposée. Après avoir reçu le OK de sa maison d’édition, la Magogoise a pu finaliser Porcelaine, premier tome de cette grande épopée qui s’échelonne sur un siècle. En fait, le roman se partage entre deux trames. En 1910, une histoire d’amour entre une femme-dragon et le plus bel homme de Hong Kong s’entremêle à une enquête policière, alors qu’en 2010, Sylvie, une passionnée de l’Orient, fait d’étonnantes découvertes dans son local de la rue Principale à Magog. « Sylvie est tournée vers le passé, précise l’auteure. Elle remarque les vieilles choses, ce qui est abandonné. Elle a un petit côté Old English même si elle est de son temps. »

Tout comme dans HKPQ, c’est une femme solitaire et indépendante que nous présente Michèle Plomer, un personnage dont le coeur balance entre l’Estrie et la Chine. « Ce n’est pas conscient. Il n’y a pas de grand plan, mais c’est ma mappemonde à moi. Ce sont des choses que je n’avais pas exorcisées avec mes premiers livres. HKPQ parlait du départ; c’était le choc de l’autre. Puis dans ma réalité, il y a eu le choc du retour. Dragonville, c’est ça. »

L’idée de départ de cette trilogie: une buanderie chinoise établie à Magog dans les années 50. « J’avais acheté un petit livre à mon chum, Magog d’hier et d’aujourd’hui. C’est finalement moi qui l’ai consulté et je suis tombée sur une coupure de journal des années 50 avec la mention de l’expropriation de trois commerces: un barbier, une binerie… et la buanderie C. Lee Brothers. De là est venue l’idée d’installer quelqu’un dans ce vieux local, et pour commencer à faire des liens, j’ai opté pour une boutique d’antiquités chinoises. »

DANS LE VENTRE DES DRAGONS

Le plus surprenant de ce troisième roman de Michèle Plomer est la présence fantastique d’un dragon oriental qui aime prendre les attributs de la femme la plus puissante de Hong Kong. « Je ne sais pas ce qui s’est passé. C’est comme si j’avais écrit ça dans un songe pour me rendre compte que j’en avais le goût. Avec Dragonville, je voulais parler de dragons, d’opium, d’hommes avec des nattes dans le dos… Être dans le gros cliché de Tintin et le Lotus bleu, mais amener ça tranquillement dans un univers contemporain. L’imaginaire et le légendaire, quand tu es dans un pays communiste où on a anéanti ton histoire et ta religion, tu te rattaches à ça. C’est vrai pour les Chinois. »

Memphré, le mythique monstre du lac Memphrémagog, ne jouit pas de la même crédibilité, mais il rôde dans les pages de Porcelaine, tout comme celui du Loch Ness en Écosse. « Sylvie ayant une famille d’origine écossaise, des liens vont se faire. Dans le premier tome, on met tout ça en place. Ensuite, ça va prendre de l’ampleur. » Tous aux abris. Un tsunami est à prévoir.

par Matthieu Petit, VOIR