Le jardin sablier

Herbier des Cantons-de-l’Est, Le jardin sablier est un livre-calendrier qui a le même effet sur l’âme qu’une visite chez l’herboriste ou un après-midi couché dans l’herbe. Une vie lente, réglée par les demandes du jardin, y est décrite avec émotion. Pivoines attachées, œillets d’Inde, haricots en guirlandes givrées et bottes de caoutchouc deviennent les personnages d’une intrigue terrestre qui cache une histoire d’amour. Un livre qui inspire une vie dépouillée, simple, qui commande l’essentiel.

Éditions Marchand de feuilles, Montréal, 2007, 104 p.

  • Prix Alfred-DesRochers 2007
  • Mention spéciale prix Anne-Hébert Paris 2007
  • Finaliste prix de la relève Archambault
  • En lice prix des libraires

Revue de presse

Roman québécois – La constance du jardinière 

Au creux d’un hiver qu’on n’espérait plus, nous arrive un petit livre qui nous rappelle que les saisons existent encore. D’un quartier nord de Montréal en passant par un village des Cantons-de-l’Est et jusqu’en Chine, où l’auteure du Jardin sablier enseigne aujourd’hui l’anglais à l’Université de Shenzhen, Michèle Plomer égrène les mois avec la constance du jardinier.

Et son année verte s’amorce avec les désordres météorologiques d’avril, où elle choisit de s’échapper dans les rêves d’un printemps idéal qui prendrait pour elle la couleur de ceux du sud de la Chine mandchoue. Un printemps fait d’un paysage ouateux, baigné de «nuages lents emprisonnés par les montagnes qui dorment au loin comme des dragons».

Le Jardin sablier est un livre calendrier, divisé en 12 chapitres comme autant de fragments d’un discours amoureux consacré aux plantes, à la terre, au cycle des saisons qui font vivre, mourir et ressusciter. Car il s’agit bel et bien d’une histoire d’amour et de passion. Une passion qui plonge ses racines dans les étés chauds d’une enfance à Cartierville, à écouter pousser les fleurs. À neuf ans déjà, nous raconte-t-elle, la cause était entendue: «Je serais une femme avec un jardin bien droit et du silence.»

Bien des années plus tard, elle fera la rencontre d’une vieille femme de 84 ans qui «jardinait sans gants et parlait de la même façon», véritable puits de secrets horticoles, voisine de la maison victorienne qu’elle et son amoureux avaient achetée en compagnie d’un autre couple dans un village niché au creux des Cantons-de-l’Est. À propos de son propre jardin enseveli sous la neige et le froid de février: «J’entends parfois sa plainte par les matins de froid translucide, comme une sirène appelle le matelot en mal d’amour.» Tandis qu’au coeur des jours sans lumière de janvier, les catalogues de semences et leurs rêves de papier glacé ne lui apportent qu’une maigre consolation.

«Le jardin est mon maître», confie Michèle Plomer. Et son petit livre «calendair» est un songe, un rêve d’enracinement profond, un défilé un peu décousu — c’est le défaut qu’on pourrait lui reprocher — de souvenirs d’enfance, de recettes de grand-mère, d’anecdotes de jardinage et d’états d’âme. À lire pour survivre à l’hiver.

Par Christian Desmeules, Collaborateur du DEVOIR

Avec Le Jardin sablier, Michèle Plomer nous offre un herbier ouvert aux saisons et au temps qui passe. Un livre qui détonne dans l’univers romanesque québécois.

Si vous n’êtes pas du genre à vous émouvoir devant la beauté d’une plante ou à vous en faire pour la santé d’une laitue frisée, ce livre n’attirera pas votre regard. Et ce pourrait être dommage, car ce livre – appelons-le roman – qui suit de près l’évolution d’un jardin possède, entre autres qualités, celle de nous sortir d’un créneau très (trop?) souvent investi ces dernières années: celui du roman mettant en scène un jeune urbain moitié attardé, moitié charmant, qui butine d’un bar et d’une fille à l’autre de manière désabusée.

Ici, on sarcle plutôt une langue simple et belle, bien plantée dans l’arrière-pays des Cantons-de-l’Est. Le parti pris est celui de la lenteur et de l’observation de la nature (ou de la vieille dame sage!). Pour seule action: le passage d’un cervidé. Pour seule violence: l’écrapoutillage de la bébitte à patate. Mais j’oublie le principal: on remue la terre et on cerne l’essentiel. Si la « zenerie » vous énerve plutôt que vous calme, Le Jardin sablier, par conséquent, pourrait aussi vous rebuter. Mais encore une fois, vous auriez peut-être tort, car le dépouillement et la précision des phrases, la retenue et l’exposition sobre mais juste des sentiments méritent le détour.

Rien n’est clinquant dans cet univers, et on ne nous joue pas non plus la fausse sagesse ou le mystère à deux sous qui ne fait que masquer le manque de matière. Bref, bien que le premier livre de cette enseignante qui vit présentement en Chine ne bouleverse pas le paysage par un apport hors du commun avec ses 92 pages, on peut souligner le caractère rafraîchissant ainsi que l’humilité de sa démarche. On remarquera également le souffle de l’écrivaine capable de piétiner un même terrain sans jamais tomber dans la redite: les personnages suivent les impératifs de la nature, du temps, dans un espace limité et avec un champ d’actions potentielles restreint, sans jamais, pourtant, sombrer dans l’ennui.

Le livre, plein d’odeurs et de délicates attentions, est aussi le théâtre d’une intrigue amoureuse qui, sans être centrale, rythme bien le récit et assure la poursuite de la lecture pour les irréductibles urbains, insensibles aux charmes champêtres. Le roman est parsemé de petites perles littéraires et de remarques réflexives. Quelque chose, dans l’approche, pourrait faire penser aux livres de Delerm, mais sans la fausse modestie de ce dernier qui finit par avoir raison de ses qualités indéniables. Le regard, sous certains aspects, rappelle aussi la littérature asiatique (le rapprochement est facile…), mais encore là, sans la prétention des phrases courtes censées contenir l’univers (vous comprendrez que je ne suis pas friand des haïkus!). À dire vrai, ce livre très équilibré ne semble rien vouloir prouver et, par le fait même, fait la démonstration qu’en l’absence d’une grande histoire, un style simple et bien mené peut gagner tout lecteur.

par STÉPHANE DESPATIE, VOIR