HKPQ

Une jeune femme quitte subitement le Québec après la noyade d’une proche pour se retrouver à Hong Kong.

Dans les rues pavées à l’époque de dynasties anciennes avec un composé de sable, de coquillages et d’eau salée surviennent des rencontres décisives : celle de Wang Xia, une jeune voleuse trempée de pluie qui confie à la narratrice une lettre destinée à sa mère introuvable. Puis celle de la chance, si chère aux Hongkongais, qu’elle guide plusieurs de leurs décisions quotidiennes. Celle enfin d’un poisson d’un rose tendre et translucide comme un camée qui deviendra le centre d’une enquête. Dans la chaleur humide, l’esprit s’ouvre et se calme, et navigue vers le bonheur.

HKPQ est un roman brodé d’espoir et de délicatesse, qui laisse une marque indélébile sur l’esprit.

Éditions Marchand de feuilles, Montréal, 2009, 204 p.

  • Prix France-Québec 2010
  • Finaliste prix Archambault 2010
  • Finaliste prix Alfred-DesRochers 2009
  • En lice prix des libraires 2010

Revue de presse

La fille du train, Poissonne et le suicidé

Son père est britannique, sa mère, acadienne. Elle est née à Montréal, vit en Chine. Et elle écrit des livres atypiques, inattendus, qui sortent allègrement des sentiers battus. Son nom: Michèle Plomer.

Elle est sortie de l’ombre en 2007, avec Le Jardin sablier. Prix Alfred-Desrochers, mention spéciale du jury au prix Anne-Hébert. Et présentement finaliste au Grand Prix de la relève Archambault.

Dans ce petit bouquin de moins de 100 pages, elle rendait hommage… au jardinage. Tout simplement. Dans la sobriété, le dépouillement. Mais de façon très personnelle, en même temps.

Intimité. C’est peut-être le mot clé. Celui qui sied aussi au deuxième livre de Michèle Plomer. Très différent, pourtant. Plus dépaysant, assurément. Plus proche du véritable roman que le précédent, aussi. Quoique… On dirait un carnet d’observation, par moments. Observation du monde, de soi. Chronique du temps qui passe, qui change. Réflexion sur qui on a été, qui on est devenu, qui on pourrait devenir, peut-être.

Réflexion sur qui sont les autres pour nous, surtout. Et sur qui nous sommes pour eux. Comment ça marche, finalement, les relations humaines? Qu’on soit à Montréal ou à Hong Kong?

Le titre: HKPQ. Pour Hong Kong P.Q. Parce que dans le livre, la narratrice, une Québécoise, vit à Hong Kong. Parce que même à Hong Kong, le Québec la poursuit. Ce qui s’y est passé avant son départ, du moins.

Dès le début, on sait qu’elle va revenir ici. Dans des circonstances bizarres, inquiétantes. On sait tout de suite que la police s’en est mêlée. Pourquoi? Que s’est-il donc passé?

C’est ce que la narratrice va nous expliquer. Mais sans en avoir l’air. En prenant son temps. En tissant sa toile. En parsemant son récit d’étrangetés, d’événements sans lien apparent.

D’abord, il y a le train. Ou plutôt, une rencontre fortuite dans le train pour Canton. Celle d’une jeune femme en fuite. «Elle retenait son souffle comme quelqu’un qui a perdu ses clés ou la bague de sa grand-mère.»

On a l’impression de la voir vraiment, cette Chinoise affolée, qui tourne le dos à son passé. Avec «ses mains rouges, écorchées aux ongles et aux jointures», ces mains «qui travaillaient depuis longtemps dans l’eau savonneuse».

Subitement, avant de disparaître, elle va remettre à la narratrice, qu’elle ne connaît ni d’Ève ni d’Adam mais qu’elle appelle «grande soeur», une lettre. Une lettre pour sa mère portée disparue après une terrible inondation.

Une lettre dans laquelle elle raconte qu’elle part refaire sa vie avec son amoureux, qu’elle n’en peut plus de travailler comme bonne dans une maison de riches où la dame des lieux se croit tout permis, qu’elle a même dérobé à celle-là un de ses colliers. Et voilà.

Étrange, comme situation. Que faire avec cette lettre? La narratrice la garde comme un bijou, la porte sur son coeur, la relit constamment. Éventuellement, elle croira apercevoir, dans les rues de Hong Kong, une silhouette qui pourrait être celle de la jeune femme du train.

Ça ira plus loin. Il y aura de nouveaux développements. Qu’on taira ici. Mais qui auront un impact de taille sur la vie de la narratrice. Elle, entre-temps, se sera acclimatée tant bien que mal à sa nouvelle vie.

Enfin il n’est plus là. Enfin il est mort. C’est terrible à dire, mais elle est soulagée de savoir que l’homme qui lui empoisonnait l’existence au Québec s’est suicidé. C’est d’ailleurs tout de suite après l’autopsie qu’elle a décidé de s’exiler.

Mais rien à faire, on dirait qu’il la pourchasse. Non seulement il s’immisce constamment dans ses pensées, mais cette ombre, là, qui vient de passer, ce ne serait pas lui?

Donc, la fille du train. Et l’homme mort qui lui en a fait baver. Mais est-il vraiment mort, celui-là? Ça fait deux. Deux phénomènes bizarres dans sa vie. Il y en a un troisième: un poisson qu’elle a adopté à son arrivée à Hong Kong.

Ou plutôt, une poissonne. Appelée justement «Poissonne». Avec qui la narratrice dialogue dans la solitude de son mini-appartement. Qui lui parle, elle aussi, oui, oui. Qu’elle a fini par considérer comme son enfant.

Tout un phénomène, en effet: Poissonne s’avérera appartenir à une espèce rare, très, très chère, recherchée pour ses pouvoirs supposément aphrodisiaques.

Croyez-le ou non, Poissonne, la fille du train et le suicidé, tout ça va se recouper. Pour mener au dénouement que l’on sait: retour au Québec, de façon cavalière. Et nous? On va en redemander…

Par Danielle Laurin, Collaboratrice du DEVOIR

Plusieurs descriptifs peuvent seoir au deuxième roman de Michèle Plomer. Il s’agit d’une histoire de rencontres et de dépaysement, d’un thriller aux allures de quête du bonheur. Mais pour l’auteure, HKPQ est d’abord et avant tout une aventure. « La trame est heureuse et on sent l’espoir tout au long de la narration, mais ce n’était pas l’objectif. Moi, je voulais que les personnages soient dans le mouvement. »

HKPQ se veut également une déclaration d’amour envers Hong Kong. « J’habite quelques mois par année à Shenzhen en Chine, la ville soeur de Hong Kong. J’ai passé beaucoup de temps à Hong Kong, surtout au début, parce qu’on y retrouve plusieurs points de repère occidentaux. J’étais très dépaysée à Shenzhen, alors Hong Kong agissait comme un baume… mais pas trop sécurisant. Juste parfait. C’est une ville où il y a encore cet équilibre, cette rencontre, entre l’Est et l’Ouest, entre la modernité et les traditions. C’est un endroit magique. Je voulais lui rendre hommage, montrer son mystère, sa beauté. »

Sachant cela, une question s’impose: est-ce qu’il y a un peu de Michèle Plomer dans la narratrice de HKPQ, une Québécoise nouvellement arrivée en Chine? « Ce n’est pas moi, mais par le fait que la ville la sauve, peut-être », dit-elle avec le sourire.

DANS MON AQUARIUM

Alors que Le Jardin sablier, un premier roman atypique sur la douceur de la vie au Québec, fut écrit en Chine, l’écriture de HKPQ s’est faite dans un appartement de Magog. « La distance fait sortir ce qu’il y a de plus essentiel. » Michèle Plomer est tout de même retournée à Hong Kong au coeur de son année d’écriture avec une liste de détails à observer (des horaires de traversiers, des enseignes de restaurants…). « Est-ce que c’était nécessaire? Je ne sais pas, mais pour mon plaisir, je voulais que toutes les descriptions de Hong Kong soient vraies. »

Dans le roman, le salut de la narratrice passe par une rencontre bien spéciale, soit celle de Poissonne, un poisson qui possède des mains en guise de nageoires. Non seulement ce n’est pas un élément fantastique, mais l’auteure nous explique qu’il s’agit du point de départ de HKPQ. « À ma toute première fin de semaine à Hong Kong, je me promène au marché de poissons. Je suis épuisée, mais j’essaie d’absorber ce que je vois et mon regard capte quelque chose: un poisson avec des mains. Après avoir compris ce que j’ai vu, je rebrousse chemin et le cherche parmi les milliers d’aquariums, mais je ne l’ai jamais retrouvé. » Ce fut l’élément déclencheur, et l’idée du récit a germé ensuite.

PANSER SES PLAIES

C’est complètement désemparée que la narratrice de HKPQ se rend en Chine; elle vient de perdre H., quelqu’un d’important pour elle, et cherche à s’en remettre. « Je voulais qu’elle ait un besoin de quitter rapidement le Québec et qu’elle arrive non préparée en Chine. Une mort soudaine et le besoin de s’en échapper permettaient cela. »

« Je désirais parler des relations de couple, de la responsabilité des deux. Il y a cette violence qui habitait H., mais elle était participante. C’est une danse qui se danse à deux. »

La question du deuil est ambivalente pour la narratrice; dans HKPQ, on suivra donc sa convalescence. « Souvent l’exit ou l’ailleurs nous permet ça, nous aide à panser nos plaies. »

par Matthieu Petit, VOIR

 

HKPQ – Michèle Plomer

Que j’ai aimé la lecture de ce livre! Je n’ai pu trouver de phrase le décrivant mieux que celle qui est inscrite sur la quatrième de couverture: «HKPQ est un roman brodé d’espoir et de délicatesse, qui laisse une marque indélébile sur l’esprit.»

Des mots: HKPQ (Hong Kong-Québec) est le deuxième roman de Michèle Plomer et a été publié aux éditions Marchand de Feuilles qui est, selon moi, une des meilleures maisons d’édition québécoise en ce moment. La jolie blonde qui nous avait donné le goût de la terre dans Le Jardin sablier récidive avec un roman qui se déroule en Chine.

Le personnage principal, dont on ne connaît pas le nom, a quitté le Québec pour fuir une partie de sa vie. Dans les rues de Hong Kong, elle rencontre des gens de passage qui auront un effet décisif sur la suite de sa vie, comme cette jeune fille qui lui remet timidement une lettre adressée à sa mère qu’elle n’a jamais pu retrouver. Puis, elle mange, elle découvre la nourriture de ce peuple, reprend ses rondeurs, elle qui avait plutôt envie de disparaître lorsqu’elle habitait ici. L’événement le plus important de son périple est sans contredit l’achat de Poissonne, un poisson pour lequel elle éprouve un profond attachement, quelque chose ressemblant étrangement à de l’amour. Un animal qui lui permet de poursuivre sa route.

D’autres protubérances: Tout au long des pages de HKPQ, j’avais envie que le livre se poursuive plus longtemps, qu’il ne se termine pas. Cette histoire d’amour entre la narratrice et Poissonne est tellement belle, tellement simple qu’elle en est désarmante! Je voyais les pages filer derrière mes doigts et j’avais envie de ralentir ma lecture, question d’en avoir pour le plus longtemps possible… mais quand je suis arrivée à la dernière page, la boucle s’est bouclée dans une finale à la hauteur de mes attentes. Je pouvais maintenant laisser vivre les personnages auxquels je m’étais attachée.

L’écriture de Michèle Plomer est fluide et d’une sensibilité propre à ceux qui savent lire dans l’âme des gens qu’ils rencontrent. Tout comme Le Jardin Sablier, HKPQ s’inscrit dans une littérature contemporaine, près d’une humanité bouleversante et tout ce qu’il y a de plus sincère.

Par Marie Josée Turgeon