Dragonville, l’intégrale

Dans le Québec rural de 1910, chaque saison apporte sa charge de travail. Alors que les bulbes de tulipes commandés par les épouses des contremaîtres de l’usine textile s’échappent de leur filet et retardent le tri du courrier, la présence de Chinois qui tiennent une blanchisserie nourrit les ragots. Le clergé exige la fidélité et les familles nombreuses alors que le capitaine Matthews, lui, a trouvé une forme de liberté en mer. Conscient d’avoir épuisé le temps alloué aux hommes pour vivre en célibataires, il s’intéressera à Amélie Caron, une petite chétive aux yeux mouillés en permanence à force de s’agenouiller trop près des lampions pour implorer la Vierge de lui faire un signe.

Cent ans plus tard, Sylvie Matthews, héritière de l’opulente maison remplie de porcelaine que lui a laissée son grand-père, tissera des liens avec Jean le menuisier. Elle ouvrira sa boutique sur la rue Principale et son nouvel ami Petit Bouddha, un enfant qui semble être né adulte, lui apprendra qu’il y a autour de nous des mondes entiers qui nous échappent.

Dragonville est une puissante saga familiale imbibée d’amour et de parfum de riz qui traverse le temps et les continents. Le destin de trois générations se réalisera dans ce village bordé d’un lac où se cache l’innommable.

Éditions Marchand de feuilles, Montréal, 2013, 538 p.

Revue de presse

AMOUR ET ESPOIR

Quand Michèle Plomer regarde sa trilogie reliée en un seul volume, elle sourit de contentement, satisfaite du travail accompli. « Je voulais vraiment raconter une histoire d’amour qui donne confiance en la vie. Et sans prétention, je crois que je suis arrivée à mes fins. »

Certains écrivains sont là pour nourrir l’intellect ou pour montrer le côté sombre de l’humanité. Michèle Plomer ne s’en cache pas : là n’est pas son rôle. Roman d’amour qui survole les océans, Dragonville se termine en apothéose dans Empois, sa dernière partie.

« Je voulais faire une grosse saga romanesque, une nourriture pour le cœur. Dans cette société qui est difficile, où on court toujours, Dragonville nous montre que l’amour peut transgresser le temps, et même la mort. »

C’est la quête d’immortalité des philosophies orientales qui l’a inspirée, dit l’auteure qui a fait plusieurs longs séjours en Chine, où elle a travaillé et a bâti des amitiés solides. « Les Chinois n’ont pas de deuxième chance comme nous. Ce qu’ils veulent, c’est vivre à fond, et étirer cette vie le plus longtemps possible. Ils n’ont pas ce sens de la culpabilité qu’on a. »

Forte de son expérience chinoise, Michèle Plomer estime que chaque culture a quelque chose à apporter à l’autre, tant dans les valeurs que dans les façons de faire. « Ce livre, c’est pour montrer comment l’Est et l’Ouest peuvent se rencontrer, se mélanger, cohabiter et se transmettre des parcelles de sagesse. »

Secrets de famille

Dans Empois, les histoires d’amour qui avaient été mises en place dans les deux précédentes parties connaissent leur crescendo. Et Dragonville est aussi une saga familiale, avec ses non-dits, ses mystères et ses tabous qui sont révélés peu à peu aux lecteurs.

« Je trouvais intéressant de mettre en scène un grand-père avec un secret et les répercussions que ça a sur sa petite-fille deux générations plus tard.

« Et surtout, que cet impact ne soit pas négatif, contrairement à tous ces livres, très bons, où un secret familial est lourd à porter et met les personnages dans des situations malheureuses. Un secret peut avoir des conséquences formidables et inespérées ! La maison est souvent associée aux fantômes familiaux, mais on peut aussi y trouver les clés pour notre bonheur. »

La vie est pleine de promesses, dit Michèle Plomer en souriant. Elle ajoute qu’un des éléments importants de Dragonville est la chance, qu’il faut savoir saisir quand elle passe, quelle que soit sa forme. Quand elle raconte son été de recherche pour le livre qu’elle vient de commencer à écrire, qui portera sur les explorateurs botaniques – « des sautés de l’époque victorienne » – et les répercussions de leurs découvertes sur des jardins québécois, elle convient avec émotion de sa propre chance.

« J’ai la possibilité de passer du temps avec les choses qui me passionnent. Je suis vraiment reconnaissante aux lecteurs, et à tout le monde, de m’avoir accompagnée dans l’aventure Dragonville. »

Et est-ce que le prochain livre sera aussi long ? Probablement – « Je dois aux acteurs de ces événements de ne pas le faire vite, ni en vignettes » – , mais pas en tomes. « Je suis la première à aimer m’installer avec un gros livre. Ça ne veut pas dire que j’écrirai toujours ce type de roman, mais pour le prochain, ça s’enligne pour ça… »

Josée Lapointe, LA PRESSE +, 10 novembre 2013.